Extraits de l’article de Juliette Raynal

Sur fond de hautes tensions entre Veolia et Suez, le député LREM Pierre Person a déposé une proposition de loi visant à interdire les offres publiques d'achat hostiles en période d'état d'urgence sanitaire. Une initiative dont la mise en oeuvre se heurte à plusieurs contradictions juridiques.

Aujourd'hui, les textes de droit français ne distinguent pas une OPA hostile d’une OPA amicale. « En revanche, le droit distingue les OPA volontaires, dont l'objectif est la prise de contrôle, et les OPA obligatoires. Lorsqu'un actionnaire dépasse le seuil de 30% de capital et/ou des droits de vote d'une société cotée, le droit européen et français l'obligent à lancer une offre publique afin de protéger les actionnaires minoritaires. En cas de changement de contrôle, l'investisseur doit permettre aux minoritaires de percevoir la prime de contrôle grâce à une OPA. Cette garantie pour les actionnaires minoritaires est l'un des piliers du fonctionnement des marchés", expose Pierre Mudet, associé au cabinet d'avocats Ginestié, Magellan, Paley-Vincent.

Une loi en contradiction avec un pilier du droit boursier

Le texte proposé par le député Pierre Person contient trois mesures déclinées en trois articles. L'article 1 interdirait les OPA volontaires et les OPA obligatoires hostiles pendant la période d'urgence sanitaire. "Autrement dit, pendant la période de crise, seules les offres publiques obligatoires sont autorisées à la condition d'avoir obtenu un avis favorable du conseil d'administration de la cible", commente Philippe Ginestié, également associé du cabinet d'avocats Ginestié, Magellan, Paley-Vincent.

Selon lui, cette première mesure rencontre deux écueils.

"Que faire avec une offre publique obligatoire bloquée par un conseil d'administration ? Que devient alors la protection des actionnaires minoritaires ? Question d'autant plus importante que nul ne sait combien de temps va durer la période d'urgence sanitaire. Or, il ne semblerait pas raisonnable de bloquer pour une durée indéterminée les opérations de restructuration des entreprises, dont l'OPA est l'un des outils principaux", estime-t-il.

"Finalement, Pierre Person soulève des questions pertinentes. Mais, pour les mettre en oeuvre, il se heurte techniquement à un environnement juridique conçu dans un contexte de mondialisation et de libéralisme", conclut Pierre Mudet.

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philippeGinestie

Philippe Ginestié

Fondateur

Fondateur du cabinet, il possède une large expérience dans les domaines du corporate et des opérations complexes où les considérations juridiques, fiscales et financières doivent être intégrées. Il a développé une expertise particulière dans l’organisation juridique des relations entre le contrôle du pouvoir dans les groupes.

Administrateur de la Fondation Alpha Oméga, il accompagne également des organismes à but non lucratif.

Il dirige les opérations du cabinet à Hong Kong.

Pierre-Mudet

Pierre Mudet

Associé

Pierre Mudet intervient principalement dans les domaines du droit boursier, des fusions-acquisitions et du droit des sociétés auprès d’une clientèle de sociétés cotées et non cotées dans le cadre d’opérations nationales et internationales.

Il conseille des groupes industriels, des banques, des fonds d’investissement et des sociétés innovantes dans le secteur des nouvelles technologies.